Haruki Murakami, ce créateur de mondes étranges

1Q84

Il est difficile d’expliquer l’univers de Murakami à quelqu’un qui n’a jamais lu une seule de ses œuvres. Je m’essayais à l’exercice après avoir achevé ma lecture du dernier tome de la saga 1Q84 en tentant de décrire à ma mère l’univers décalé du maître de la littérature japonaise contemporaine.

Mais ma mère saisissait sans saisir. Mon explication ne disait pas l’essentiel.

« « Un monde  où les lois du réel explosent pour laisser place à une autre logique, celle de l’étrange, de l’onirique. Un monde où  deux lunes flottent dans le ciel, une grande et une petite. Un autre monde où un homme analphabète peut parler avec les chats. Des mondes qui ont souvent en commun pour les personnages principaux le deuil difficile des âmes sœurs. Des thèmes phares : le deuil, la mort, le temps… Le monde de Murakami est si riche que plusieurs thèses ne suffiraient pas à en extraire la substantifique moelle.»

Tel un noumène Kantien en effet, l’œuvre de Murakami est inépuisable, s’offrant comme une création intarissable au lecteur et à quiconque veut l’analyser, par la suite. Mais ma mère demeurait dans le flou. Après quoi, un peu découragée, je lui recommandais de lire l’ouvrage. Car après tout, un roman de Murakami, on n’en parle pas, on le lit et on se laisse aspirer par l’étrangeté de son monde.

En moi demeurait cependant un désir de me rendre plus tangible cette littérature qui n’a pas son pareil. Entreprise ardue, j’avais néanmoins l’envie de mieux cerner ce qui me fascine et suscite tant mon enthousiasme pour la littérature de l’écrivain nippon. Ainsi, de lectrice passive, qui accepte sagement cette magie qui opère sans chercher à en percer le mystère, je deviens une lectrice plus futée, qui tente de se rendre visible les fondements secrets et les soubassements voilés de ce texte subjuguant.

Loin de moi la prétention de livrer la recette spéciale qu’utilise Murakami pour rendre ses textes si savoureux. En réalité, comme la vie, les êtres humains, un poème de Baudelaire ou que sais-je encore, la littérature de Murakami ne sera jamais dénaturé par un texte fait sur elle, jamais tarie par l’analyse la plus pertinente, comme une musique envoûtante que même les plus grands exégètes en musique ne sauraient décrire parfaitement. Pour entendre la musique de l’œuvre, mieux vaut y être confronté directement, en se glissant dans ses pages. C’est donc pour cela que je me permets d’en parler sans craindre une seconde d’être traitée de prétentieuse.

Murakami, donc, auteur prolifique de la fin du XXème siècle et du début du XXIème siècle a, comme tout écrivain, des thèmes phares, un univers bien à lui et des influences précises. Et sans avoir pour but de rendre compte de tous les thèmes et de toutes les influences de Murakami , je vais parler des thèmes qui sont pour moi les plus évidents et qui me touchent le plus et d’une de ses influences qui me semble indéniable depuis que j’ai découvert son œuvre.

 « La ballade de l’impossible », « Kafka sur le rivage », la saga « 1Q84 » et l’essai autobiographique « autoportrait de l’auteur en coureur de fond » où l’écrivain bien discret pourtant, se dévoile enfin quelque peu, sont les œuvres de Murakami que j’ai eu la chance de lire.

 autoportrait de l'auteur en coureur de fond

L’univers de Murakami est reconnaissable entre tous. Les personnages évoluent souvent dans l’étrange. Un univers qui mêle savamment des éléments du réel que nous connaissons en y introduisant le fantastique et l’onirique.

Les thèmes phares de Murakami :

Lorsqu’on commence un roman de Murakami, rien dans les premières descriptions ne laissent présager l’étrangeté de l’univers dans lequel on pénètre. Bien souvent, d’ailleurs, les personnages eux-mêmes, au début de ses romans, ne se sont pas encore confrontés à la bizarrerie de leur monde. Ainsi, Aomamé, l’héroine de 1Q84 ne sait pas qu’elle a pénétré dans une réalité autre, dans un monde qui n’est pas celui de l’année 1984, lorsqu’elle franchit l’escalier de la voie express, dans le premier chapitre du premier tome. Ce qui n’empêche que les personnages de l’écrivain ont souvent des histoires difficiles : une mère décédée ou inconnue pour Kafka, personnage éponyme de Kafka sur le rivage  et Tengo, héros de  1Q84 , des meilleurs amis disparus : Aomamé  a perdu ses deux meilleures amies, le narrateur de  la Ballade de l’impossible  a perdu son meilleur ami dans sa jeunesse. La mort est donc bien présente dans l’univers de Murakami et elle menace aussi les personnages principaux de ses romans.  Pourtant, la mort omniprésente n’empêche pas les personnages de poursuivre leurs quêtes, d’être à la recherche de quelque chose de fondamental, de leur soi, de leur authenticité.

Au début de  Kafka sur le rivage, le jeune Kafka, 15 ans, décide de se lancer dans un long périple pour échapper à une prédiction morbide de son père. Sur son chemin, il rencontrera des êtres originaux, un bibliothécaire hermaphrodite plus âgé que lui qui deviendra son confident, une dame mélancolique qui vit dans le passé ou encore une jeune fille solitaire et décalée. Toutes ces personnes l’aideront à évoluer et à grandir.

Kafka sur le rivage

 La ballade de l’impossible est aussi un roman initiatique même si le narrateur n’effectue pas de périple. Il doit vivre des deuils, supporter les suicides d’amis proches, faire la rencontre d’êtres parfois borderline qui le renverront à sa propre singularité et qui feront écho à sa grande solitude. Toutes ces épreuves et rencontres le transforment profondément et lui permettent d’aller à la découverte de son âme.  C’est donc par le dialogue et l’échange avec l’autre que le personnage en apprend sur lui-même.

La ballade de l'impossible

Il y aussi une profonde solitude qu’on retrouve chez tous les personnages de Murakami, principaux comme secondaires. Malgré la présence des autres, les personnages principaux de ses intrigues sont toujours confrontés à la solitude, souvent liée à leur histoire familiale complexe qui les isole et les fait se sentir différents dès l’enfance.  C’est le cas de Kafka (Kafka sur le rivage) et Tengo et Aomamé (1Q84). C’est aussi la solitude des citadins des grandes villes, thème cher à Murakami : ses romans font ressortir crûment et magistralement la solitude des individus dans les grandes villes. Watannabe, narrateur de  La Ballade de l’impossible , roman le plus réaliste de Murakami, étudie à Tokyo et se protège en construisant sa bulle, se livrant rarement, préférant écouter les personnes qu’il rencontre.

Image du film "Norwegian Wood" adaptation du roman de Murakami.

Image du film « Norwegian Wood » adaptation du roman de Murakami.

Tengo et Aomamé, les deux personnages principaux de la saga  1Q84 , vivent leur vie parallèlement : deux vies solitaires, sans rien de palpitant qui s’y passe. La vie de Tengo est rythmée par les cours de maths qu’il donne à des lycéens, celle d’Aomamé, par les cours de gymnastique qu’elle donne dans un club de gym. Elle est sans famille. Tengo, lui, n’a plus que son père, devenu sénile. Tous deux ont très peu d’amis. Ils gardent chacun jalousement dans leur cœur le souvenir et l’amour de l’autre, car Tengo et Aomamé étaient dans le même établissement à l’âge de dix ans, et un évènement, un jour, les a liés à jamais.

Kafka et Nakata, dont les histoires dans Kafka sur le rivage , se croisent et s’influencent, sont aussi deux êtres profondément solitaires. Kafka n’a plus personne et n’a jamais pu compter sur son père. Il entreprend son périple seul. Nakata, lui, est un analphabète de soixante ans, ayant perdu certaines de ses facultés après un accident survenu dans son enfance. Son inadaptation sociale l’exclut et ne lui permet pas d’échanger normalement avec ses pairs. Il a néanmoins le don de parler aux chats et de comprendre leur langage.

 

La littérature de Murakami : une littérature jungienne.

Je vais à présent parler d’une influence de Murakami qui m’a semblé très claire dès la lecture de  Kafka sur le rivage. Il s’agit de l’influence de Carl Gustav Jung, éminent psychiatre et psychanalyste suisse.

J’ai découvert C.G Jung il ya de cela trois ans, à peu près au moment où je découvrais Murakami. Bien évidemment, je ne suis spécialiste ni de Jung ni de Murakami, et il me serait difficile de faire un travail approfondi du lien qui unit les deux hommes. Néanmoins, le pressentiment de cette influence a été vérifié alors que j’effectuais des recherches sur internet : il ne m’a pas fallu longtemps pour tomber sur des articles qui soulignaient l’influence du maître de la psychanalyse sur l’écrivain nippon.

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L’inconscient collectif,  les archétypes, la synchronicité, le processus d’individuation, l’Ombre, la Persona ? Ces termes vous sont-ils familiers ? Il s’agit là de concepts clés du psychanalyste C.G Jung et qu’on retrouve complètement dans la littérature de Murakami.

Le processus d’individuation est le processus par lequel l’individu réalise son soi, le découvre. Le Soi englobe le moi et regroupe les parts consciente et inconsciente qui nous constituent. Le Soi est en quelque sorte la totalité de l’individu, et est donc synonyme de l’âme pour Jung (voir article sur « le processus d’individuation »). Ce processus s’entreprend  quand l’individu n’est plus satisfait de sa persona, son masque social et décide, parce qu’il s’agit d’un désir impérieux, d’aller vers un ailleurs qui permettra sa transformation.

Ce processus d’individuation est en quelque sorte le processus par lequel passent tous les héros des romans de Murakami. Ses romans se caractérisent précisément par ce combat des personnages entre la part consciente et la part inconsciente de leur esprit. Ils oscillent entre un monde réaliste et un monde onirique. Hantés par leur passé, leurs souvenirs, leurs rêves, leur quête en est davantage éprouvante.

Mais cette quête ne peut se faire justement qu’à travers une confrontation avec l’inconscient. Celle-ci est symbolisée, dans l’univers de Murakami, par le passage dans un monde autre, où les lois du réel s’évaporent pour laisser place à la logique du rêve, ou, du moins, à la logique d’autres mondes.

Dans  1Q84, Tengo et Aomamé se cherchant depuis qu’ils se sont quittés, ne pourront se retrouver et donc achever leur quête, qu’en faisant le détour par un monde parallèle, celui de l’année 1Q84. Dans ce monde là, deux lunes brillent dans le ciel, des « little people » fabriquent des chrysalides de l’air, des sectes ont des leaders en possession de pouvoirs extraordinaires…

Dans  Kafka sur le rivage, Kafka va entrer en relation avec des êtres originaux et vers la fin du livre, va être confronté au monde excentrique et parfois hostile de la forêt qui fait face à la cabane où l’a conduit Oshima. Cette incursion au cœur de la forêt, métaphore de la confrontation avec l’inconscient, est l’ultime voyage de Kafka avant de retourner à la réalité, avec ses lois physiques, telle qu’on la connaît.

C’est aussi son Ombre, partie de l’inconscient que Kafka refoule et qu’il ignore, qui se manifeste à travers cette confrontation avec la nature.

Dans  ce roman, Kafka parle souvent au garçon nommé corbeau. Un personnage surgissant dans le récit et qui lui donne des conseils et le questionne parfois. Il surgit au premier chapitre sans que le lecteur sache ce qu’il représente. En avançant dans la lecture, on comprend qu’il s’agit en fait d’un double de Kafka, mais qui n’est pas Kafka, qui semble être la synthèse d’une zone aiguisée de sa conscience et de ses désirs et rêves refoulés. Cette figure lui parle et apparaît dans ses rêves. Elle rappelle étrangement Philémon, le guru ou maître intérieur dont parle C.G. Jung et qu’il dépeint dans son autobiographie Ma Vie. Dans une période sombre et ténébreuse de sa vie, Jung aurait eu besoin d’un maître spirituel qu’il ne trouvait pas hors de lui et qu’il a fini par trouver en lui. Il dira alors de ce maître intérieur qu’il a nommé Philémon :  » J’eus avec lui des conversations et il dit des choses que je n’aurais pas pensées consciemment. Je perçus très exactement que c’était lui qui parlait  et non pas moi . »

Le garçon nommé corbeau pourrait donc être ce maître intérieur dont avait tant besoin Kafka, alors que dans sa solitude et sa quête solitaire, il ne savait pas, bien souvent, quel chemin suivre. En l’absence de guru, Kafka a matérialisé un maître intérieur qu’il a dissocié de lui.

Il y a aussi dans la littérature de Murakami, quelque chose qui rappelle fortement l’inconscient collectif et les synchronicités dont parle C.G Jung.

L’inconscient collectif, concept découvert par C.G Jung, est fait, selon le psychanalyste suisse, de contenus universels, appartenant à l’humanité entière et est une base dans la psyché de chaque individu.

La synchronicité est l’occurrence simultanée de deux évènements sans pourtant qu’il y ait de lien de cause à effet entre eux. Cependant la simultanéité fait sens dans l’esprit de la personne qui les perçoit.

Ces deux concepts, fortement liés entre eux se retrouvent dans « Kafka sur le rivage », dans les vies qui s’entrecroisent de Kafka et de Nakata, mais également dans 1Q84, où la vie de Aomamé fait sans cesse écho à celle de Tengo.

Dans « Kafka sur le rivage », Nakata va être amené à tuer le père de Kafka. Après ce meurtre, Kafka va se réveiller dans un lieu inconnu, sans savoir comment il s’y est retrouvé et son t-shirt sera tâché de sang. Les pistes sont alors brouillées et on se demande qui de Nakata ou de Kafka a réellement tué le père du jeune garçon.

Murakami croit fortement au pouvoir de compensation de l’inconscient. Il écrit d’ailleurs sans rien planifier dans son récit et suit simplement sa spontanéité. Il est ouvert au travail de l’inconscient et croit à une psychologie des profondeurs, une vision très similaire à celle de Jung.

La littérature de Murakami est donc en cela semblable à la psychologie de Jung que les personnages de ses romans pénètrent dans des mondes mystérieux, métaphores d’une confrontation avec l’inconscient. Ils font alors face à deux alternatives : tenter à tout prix de s’échapper du monde étrange où ils sont ou se confronter à ce monde et en y vivant des aventures difficiles et éprouvantes, mais desquelles ils sortiront plus matures et plus accomplis. Bien souvent, les personnages n’ont pas vraiment le choix, ils passent alors par ce processus d’individuation parfois douloureux, dans lequel ils apprennent à se connaître et ne reviennent au monde réel qu’après avoir découvert leur soi et s’être confrontés à leurs propres ténèbres.

L’écriture pour Murakami : une auto-thérapie et une quête de soi :

Murakami raconte que son désir de devenir écrivain s’est révélé  lors d’un match de baseball à Tokyo alors qu’il était assis dans les gradins. Agé de vingt-neuf ans à cette époque, Murakami était le propriétaire d’un club de jazz avec sa femme. Il explique alors cette révélation qui s’est produite dans un moment étrange : « Il n’y avait pas de raison à ce qu’une idée pareille surgisse dans mon esprit et je ne parviens pas à l’expliquer. Mais je me suis simplement dit : je peux le faire ! »Il achète alors sa papèterie et adopte un rythme ascétique pour mener à bien son projet : il commence à écrire régulièrement en début de soirée jusqu’aux premières heures du jour. C’est à ce rythme qu’il achèvera au bout de plusieurs mois, son premier roman Ecoute le chant du vent , qui connaîtra le succès.

« La course à pied prend une place énorme dans ma vie, c’est le lot de toute passion. Si je voulais être vraiment objectif, je dirais que ça me prend en effet trop de temps dans la vie." Murakami

« La course à pied prend une place énorme dans ma vie, c’est le lot de toute passion. » Murakami

C’est plus tard que Murakami réalisera qu’il y avait une motivation plus profonde derrière cette révélation soudaine. Il confiera dans ses entretiens : « Un beau jour j’ai voulu devenir écrivain sans vraiment savoir pourquoi. Mais en y pensant aujourd’hui, je crois qu’il s’agissait d’un premier pas vers une auto-thérapie. » Il ajoutera dans une autre interview, ces précisions : « J’ai grandi dans un quartier riche de Kobe, je n’ai pas connu la guerre. Tout était paisible dans ce quartier et il ne se passait pas grand-chose. Je n’avais pas d’expérience exceptionnelle et donc pas de sujet sur lequel écrire. Mais nous, jeunes gens, devions nous exprimer d’une manière ou d’une autre. C’était un problème. Quand j’ai eu 29 ans, j’ai senti qu’il y avait quelque chose en moi que je devais exprimer. Je savais que si je cherchais profondément, je trouverais cette chose importante à exprimer. Cela pourrait se décrire comme un combat avec le vide. Cela ressemble à un vide, mais au-delà de ce vide, il y a quelque chose d’important. »

L’écrivain  japonais n’est donc pas de ceux qui ont connu une enfance douloureuse ou des expériences difficiles durant sa jeunesse qui l’auraient poussé à entreprendre un processus de reconstruction ou de guérison. Derrière la façade lisse et paisible de la vie de l’écrivain, se cachent bien évidemment certains secrets. Ses conflits avec son père, homme passablement autoritaire et qui s’est farouchement opposé à certains de ses projets rejaillissent par exemple dans ses écrits : la figure paternelle est très peu présente dans les romans de Murakami, ses protagonistes étant le plus souvent orphelins de père.

Murakami expliquera dans ses entretiens que ce n’est pas tant son propre père qui le dérange, que les figures autoritaires de la société : « Je réprouve fortement ces figures. Trop fortement même. C’est la raison pour laquelle je ne peux pas me passer du monde littéraire. Dans la vie, je suis une personne gentille et pacifique, mais si quelqu’un qui a du pouvoir se permet de me donner des ordres, je deviens fou. C’est ma nature. Et même lorsque j’écris au sujet de ces figures, mon écriture se transforme. »

Il y a donc chez l’écrivain, un désir de liberté et d’affranchissement  de toute servitude, qui guide son écriture et qui est une valeur de son art.

Ce vide aussi dont parle l’écrivain résulte sans doute de ses peurs et angoisses profondes. Murakami chercherait en quelques sortes le message qui est au-delà de ce vide et qui pourrait lui offrir la promesse d’un salut.

Un autre thème que l’on retrouve beaucoup chez Murakami : celui de la perte d’amis chers. Les protagonistes principaux de ses romans font très souvent face à des deuils. Murakami confiera que pendant la période de protestation des étudiants et des mouvements radicaux qui ont secoué le Japon dans les années 70, certains de ses amis proches se sont suicidés. Lui-même, après cette période de ferveur et de grand idéalisme, se retrouve désillusionné, en quête d’un nouveau sens à donner à sa vie. Il va devenir le porte-parole d’une génération qui a perdu ses idéaux politiques et qui cherche une compensation à cette perte.

Mais Murakami n’est pas qu’un écrivain altruiste, qui écrit pour aider les autres à guérir de leurs blessures. Il est aussi un individualiste obstiné, qui va quitter le Japon et sillonner de nombreux pays pour côtoyer la culture de ses idoles d’adolescence, pour se forger sa propre vision du monde, pour trouver son propre chemin de vie.

Ses exils en Grèce, en Italie et aux Etats-Unis peuvent expliquer l’aspect profondément universel de ses œuvres.

Dans ses écrits, Murakami laisse une grande place à son inconscient et n’écrit pas avec un message prédéterminé. Au contraire, il essaie de déceler à travers ses écrits, les messages dont veut lui faire part son inconscient.  Murakami dira d’ailleurs à propos de ce travail de l’inconscient : « Si j’ai une expérience décevante, je m’en sers pour m’améliorer. C’est ainsi que j’ai toujours vécu. J’absorbe calmement les choses, autant que possible, et je les libère plus tard, et, selon des formes aussi variées que possible, elles deviennent une partie de mes romans. »

Et c’est de cette façon que l’écrivain parvient à écrire des romans teintés d’humour et de mélancolie, semblant surgir du monde des rêves, là où l’inconscient règne en maître.

Le style de Murakami sait restituer avec une grâce ineffable ce que les japonais qualifient de « mono no aware » et qui signifie en français, « la poignante mélancolie des choses ».

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Sa littérature possède donc ce mystère envoûtant, bien similaire au mystère de la vie et captive, hypnotise le lecteur qui se retrouve embarqué dans le vide de l’existence de ses personnages. Ce vide qui soudain s’évapore pour laisser place à la mélancolie et à l’évocation puissante des souvenirs, à l’émergence de ces thèmes centraux qui font toute la densité de son œuvre et toute la richesse de la vie.

 

Sources :

http://www.lelivrevivant.fr/75+kafka-sur-le-rivage-de-haruki-murakami.html

http://ir.canterbury.ac.nz/bitstream/10092/1004/1/thesis_fulltext.pdf?origin=publication_detail

http://madame.lefigaro.fr/art-de-vivre/haruki-murakami-concept-meme-dideal-perte-de-sens-151011-183688

http://www.theparisreview.org/interviews/2/the-art-of-fiction-no-182-haruki-murakami

http://www.lexpress.fr/informations/murakami-voyageur-solitaire_669121.html

http://www.enviedecrire.com/ecriture-selon-haruki-murakami/