« Danse, danse, danse » de Haruki Murakami ou comment flotter le temps d’un été

« Danse danse danse » de Haruki Murakami (écrivain japonais que je ne présente plus) a été écrit en 1988. Autant dire qu’il ne s’agit pas d’un écrit récent de l’auteur.

 danse, danse, danse 

Se présentant comme une suite indépendante des romans « La Course au mouton sauvage », « Ecoute la chanson du vent » et « Pinball 1973 », du même auteur, il n’est donc pas nécessaire de les avoir lus pour rentrer dans l’histoire et comprendre l’intrigue de « Danse danse danse ». D’ailleurs, je n’ai lu aucun des autres romans.

Ce livre narré à la première personne est l’histoire d’un homme, journaliste free-lance âgé de 34 ans, qui se présente lui-même comme faisant du « déneigement culturel » dans un Japon capitaliste, où les spéculateurs s’en mettent plein les poches. Le narrateur fait un rêve récurrent : il rêve qu’il est à l’hôtel du dauphin -un endroit miteux où il passait ses nuits avec une jeune femme du nom de Kiki, et que quelqu’un pleure au bout d’un couloir. Ces pleurs sont comme un appel, une invitation à retourner à l’hôtel. Ces pleurs sont ceux de Kiki, le narrateur n’en doute pas. Pourtant, lorsque ce dernier retourne à Sapporo, c’est un hôtel grandiose qui a remplacé l’hôtel du dauphin mais qui garde pourtant le même nom. Ce retour à l’hôtel marque le début de la quête du narrateur ainsi que le commencement d’une série d’évènements mystérieux.

De tous les romans de Murakami que j’ai pu lire, « Danse danse danse » est bien celui dont l’intrigue se rapproche le plus du thriller. En même temps, Murakami écrivant au fil de sa plume et ne faisant pas partie de la catégorie des écrivains macroplanificateurs (désignation de l’écrivain Zadie Smith pour parler des écrivains qui ont imaginé et planifié leur intrigue avant même d’écrire leur roman), il est difficile pour lui d’écrire un vrai thriller. Pourtant, des morts se succèdent sans explication, des personnages disparaissent, et une étrange aura de mystère plane dans ce récit.

Dance Dance Dance Entry 2

Le narrateur va faire la rencontre de divers personnages. Il va croiser la route de l’homme mouton dans les ténèbres d’un lieu hors de l’espace et du temps, de Yuki, une fillette de 13 ans marginale et farouche, de Gotanda, un acteur écœuré par le star système dont il fait partie mais aussi de call girls sublimes, de Yumioshi San, la réceptionniste du Dophin Hôtel et d’autres personnages encore, bien extravagants. Mais Kiki, qui l’appelle en rêve dans le couloir du vieil hôtel, a dispau. Et il la cherche, désespérément.

Tous les personnages ont un rôle à jouer dans la quête insolite du narrateur. Celui-ci, projeté bien souvent dans un mirage effrayant, devra apprendre à danser et à jongler tel un acrobate avec l’immersion de l’irrationnel dans sa vie.

Léger dans son écriture mais parfois oppressant dans son intrigue, « Danse danse danse » est encore loin de la l’écriture plus méthodique et concise de la trilogie 1Q84. L’écriture du roman est au contraire sensible et aérienne, à la manière de « Kafka sur le rivage » (2006) ou de « la Ballade de l’impossible » (1987). C’est d’ailleurs comme cela que j’aime les écrits de Murakami et c’est dans ce style délicat, presque poétique que je reconnais l’auteur qui m’a permis de flotter le temps d’un roman.

Telle une musique minimaliste, le récit de Murakami a réussi une fois encore à m’envoûter. A la recherche d’un bon roman cet automne ? Je vous conseille vivement cette lecture hypnotique qui va vous mener tout de go dans l’univers perché du maître nippon. 

Extrait du roman :

L’homme mouton s’adressant au narrateur :

« Continue à danser tant que tu entendras la musique. Tu comprends ce que je te dis ? Danse ! Continue à danser. Ne te demande pas pourquoi. Il ne faut pas penser à la signification des choses. Il n’y en a aucune au départ. Si on commence à y réfléchir, les jambes s’arrêtent. […] Même si tout te paraît stupide, insensé, ne t’en soucie pas. Tu dois continuer à danser en marquant les pas. […] Tu es fatigué et tu as peur. Ça arrive à tout le monde. Tu as l’impression que tout va de travers, que le monde entier se trompe. Et tu t’arrêtes de danser… Mais il n’y a rien d’autre à faire que danser. Et danser du mieux qu’on peut. Au point que tout le monde t’admire. »

danse, danse, danse 1

En savoir plus sur l’auteur ? 

Cliquez sur le lien pour lire mon article: 

https://illuminatosmundi.wordpress.com/2014/03/15/haruki-murakami-ce-createur-de-mondes-etranges/

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